•  TROIS RENCONTRES ET PUIS S'EN VONT 

     

     

    A LA UNE 

     

    Il était venu s'assoir près de moi, sur le banc au bord du quai, m'avait taxé d'une clope, s'était mis à parler.. du bel été indien, de la mer, des bateaux.

    Tiens m'avait il dit, je dors sur celui là, tu vois le noir, il est à un pote qui m'héberge de temps en temps.

    Il  rit. Se raconte, oui j'étais maçon, mais ça fait longtemps.. 

     

    Longtemps ? il est tout jeune.

     

    Il plaisante avec les passants, je ris.

     

    Peux plus rentrer chez mes parents, ma mère m'a mis dehors,

    tu sais je suis con parfois.

    Pourtant je les aime et il pleure comme un enfant qu'il est encore.

    Il pleure et rêve d'un ailleurs, là- bas… 

    Je lui dit que je dois partir, nous nous serrons la main et il me dit  fièrement : je m'appelle Anthony M. , au revoir.

     

    ..

     

    A LA DEUX

     

    Franck, lui, est venu toquer à la portière du camion et nous a demandé s'il pouvait nous acheter une tasse de café. 

    J'ai préparer le café, sorti les Spéculos, posé un carton comme table basse devant les chaises de camping.

    Il s'est assis sur son sac à dos, et m'a taxé une clope. 

    Moi, je suis un routard depuis 25 ans, mais à la campagne, hein ! parce que les villes non merci ! 

    Besoin de rien, une belle grange, de la paille c'est royal ! ou une maison en construction,pas mal non plus. Je bosse un peu chez Emmaüs si j'ai besoin de fric. Là j'ai fait trois jours au centre d'accueil, ça requinque, mais je me suis gavé de télé ! 

     

    Depuis si longtemps, c'est donc un choix ? lui demandais je . 

     

    Le "Non" est venu des tripes, brutal et vigoureux.

     

    Non, j'ai pas choisi,mon père m'a jeté à la rue quand j'avais vingt ans, le vilain petit canard,

    mes frères et soeurs ont tous des situations..

    C'est pas un choix… mais j'y pense depuis un moment, j'aimerais les revoir… mais je ne sais pas comment

    ..comment faire …

    Je dois partir dit il, nous a serré la main et a repris sa route. 

     

    ..

     

    A LA TROIS

     

    On va se revoir, n'est ce pas ? avait il dit.

    Oui, bien sûr. avais je menti devant tant de désespérance dans son regard bleu ciel.

     

     

     

    YAL

     

     

     

     

    2016


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  • tu vas prendre ce chemin comme tant d'autres avant toi, 

    mais tu vas prendre ce chemin seul,

    pour une quête que toi seul peux faire en étant face à toi même.

     

    une quête , ou …une enquête ?

     

    tes pieds vont te mener, 

    non pas en errance, 

    non pas d'un point à un autre...

    ton désir  c'est qu'ils te mènent à toi, 

    je te le souhaite.

     

    sur ce chemin, en fait, tu ne sera pas seul.

    lorsque tu auras réglé ton pas au rythme de ton coeur, tu feras  des rencontres :

     

    Au travers du sentier, elles seront nombreuses,

    affleurantes,

    dissimulées parfois,

    surprenantes,

    et ton pied y trébuchera peut être..

     

    les racines.

     

    ne passe pas sans les voir, 

    elles sont là pour que tu t'interroges sur les tiennes.

    laisse les te murmurer ce qu'elles savent de toi, 

    ce que ta mémoire a conservé de ta jeunesse,

    puis de ton enfance auprès de tes parents,

    et enfin de toi bébé dans les bras de ta mère. celle qui t'a donné la vie.

     

    Elles ne diront pas tout, 

    juste des bribes lorsqu'elles sortent de terre.

     

    le reste est enfoui, mais tu le trouveras

     

    Elles t'aideront aussi quand le chemin grimpe et qu'elles forment de belles marches pour gravir la colline. Tes racines sont là pour t'accompagner vers le sommet que tu veux atteindre.

    Ces ancres te relient elles aussi  à l'amour , n'en doute pas .. laisse les parler à ton coeur d'enfant.

     

    Il t'en faudra rencontrer des centaines sans doute avant d'entendre leur chanson, leur berceuse ..

     

    ne les fuis pas, 

    suis les.

     

    Tu marcheras longtemps, sur les collines, dans les vallées.

     

    Bien plus loin, cherche l'arbre que tu enserreras.

     

    Non pas celui là, son tronc est trop lisse, trop droit, celui là ne te dira rien, il ne te connait pas.

     

    Regarde plutôt près d'un ruisseau, un arbre t'y attend.

    Tu le reconnaitras.

    Il a le tronc noueux et tordu

    une grosse branche se penche vers l'eau comme si elle voulait s'y noyer.

     

    C'est lui qui peut te raconter une  histoire, la notre.

     

    Dans l'écorce est inscrit notre parcours .. ce long chemin  déjà parcouru à deux.

     

    Serre son tronc, ressent sa force.

    Regarde son écorce, tout y est inscrit .. 

    comme des rides creusées , nos questionnements

    des noeuds, nos silences gorges serrées

    des moignons de branches, nos tentatives d'ailleurs échouées et vaines.

     

    dans de petits creux, la douce mousse de nos partages.

     

     

    mais regarde bien, cet arbre a poussé , il a grandi

    Il a résisté à toutes les épreuves 

    et si tu lève maintenant la tête , tu verras ses belles branches et toutes leurs ramifications

    elles sont nés de l'amour 

    de nos amours

    de ton amour et du mien conjugués.

     

    l'amour ne s'apprend pas, il est en toi depuis toujours.

     

    sous sa ramée tu peux te reposer 

    avant de reprendre ton chemin, adosse toi à cet arbre 

    ressent comme il vibre, il vit et te renvoie toute la chaleur qui est en lui.

    il est toi, il est moi .. il est nous

     

    juste au dessus de ta tête, une petite branche aux feuilles vert tendre te montrera la direction à prendre.

     

    avec dans ta besace tes racines et ton arbre de vie,

    rasséréné, tu finiras ton voyage le coeur et le pas assurés.

     

    Je prie -- peu importe qui  - pour que dans ta quête de toi, tu ne perdes le nous. 

     

     

     


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  • Poème  à ma mère qui n'a pas vu son 88 ème printemps 

     

     

    ….

     

    Laure Adler a intitulé l'un de ses livres "les femmes qui lisent sont dangereuses"

    ma mère était elle dangereuse ?

    ….

     

     

    Notre mère lisait 

    bien avant l'école et jusqu'au dernier jour

     

    Notre mère lisait 

    sachant que dans les livres on découvre l'univers

    qu'au détour d'un poème 

    le coeur des hommes saigne

     

    notre  mère lisait

    sachant qu'un alphabet peut changer l'horizon

    que les mots alignés

    sont source de liberté

     

    notre mère lisait

    sachant qu'au creux des pages il n'existe de frontières

    que les femmes d'ici

    sont soeurs de Karachi

     

    Notre mère lisait 

    sachant qu'au fil des mots on apprend à marcher

     

    notre mère lisait

    la douleur et l'amour

    les cris des femmes-  toujours -

    le feu des viles guerres

    les pleurs des affamés

    le noir d'encre du monde

     

    et pour nous ses enfants

    notre  mère nous a lu

     

    les aurores boréales

    les douceurs d'arc en ciel

    les bleus changeant du ciel

    l'eau vive des rivières

    les fleurs d'orangeraie

     

    notre mère nous a lu

    les chemins de traverse

     

    et les étoiles au loin  qui nous font espérer

     

     

     

     

    pour ma mère Anita 8 avril 1926 -  12 mars 2014


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  • il est des années que l'on aimerait oublier

    il est des années comme bonbons sucrés

    il est des années à venir 

    celle qui toque à l'instant 

    celle qui porte peut être nos rêves au creux de son printemps

    celle qui vient au coeur de l'hiver avec tous les voeux de bonheur de la part des copains

    rien que pour ça elle est la bienvenue

    alors pour vous tous et les autres 

     

    BONNE ANNEE  2014 !


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  • Quai des écrits - la journée 

    Avant propos

    Sous le soleil fragile de mai, la voie express chante sa partition du dimanche, légère.

    A cette heure, les rares voitures se mettent au diapason. Circulation fluide, presque sans bruit.

    Ce parcours je le connais par cœur. En fait, je connais surtout son macadam, le bruit aux changements de revêtements, les dos d’âne, les courbes, le moment où il me faut accélérer pour monter la côte après le pont sur la Douphine, le mystérieux parking de Pont de Buis Les Quimerc’h, les lignes, les rails et les radars.

    Pour une fois je regarde le paysage, les arbres en fleurs et les couleurs du ciel.

    Ma route prend un air d’école buissonnière.

    Les autres conducteurs ont-ils le même sentiment ?

     

    Au creux du vallon,

    La Douphine dort encore

    Matin embrumé.


    Au bout de la rue de Brest, les flèches de la cathédrale de Quimper se dressent comme deux mats pour m’indiquer la route vers le Quai des Ecrits.

    Aux abords de l’Odet, une agitation surprenante, toute en couleurs de printemps, le marché aux fleurs s’installe face au rempart du jardin de l’évêché.

    Un brouhaha bariolé.

    Graines, semis, tendres pousses..

    Les amateurs de plantes viendront ils découvrir nos petits grains de haïkus ? Nous semons aussi.

    A la volée, nous éparpillons nos mots, sans désir de racines ils frôlent les passants, éphémères papillons.

     

    L’employé municipal, au gilet fluo, m’ouvre la barrière.

    Belle plante.

    ***

    Acte I

     

    Garée tout près du porche, parfait !

    C’était sans compter sur l’optimisme débordant de notre cher Alain.

    Le Quai des écrits avait sans doute revêtu dans sa tête une renommée internationale.

    Aussi, prévoyant et méticuleux, il m’avait préparé deux monstrueuses valises remplies de livres.

    Imaginez le poids. Pas de souci ! les valises modernes sont munies de poignées rétractables et de roulettes … enfin, jusqu’à la première marche (toute petite) .. la poignée a refusé tout net de tirer une telle masse tout à fait hors normes syndicales ; elle a craché ses vis, a saboté ses guides..

    Bien, peu importe, le stand n’est pas loin.

    Mais où est-il ce stand ?

    Dans l’urgence, l’équipe des monteurs s’affairent à dresser les barnums.

    Il faut attendre. Je mets les valises récalcitrantes au coin (Qui commande ?), et je pars à la recherche d’un café.

    Quimper, petite cité aux allures de vieille bourgeoise, respecte la pause dominicale. Pas de commerces ouverts, les bistrots rideaux baissés. Dans les ruelles pavées, les façades aux colombages toisent les quelques passants d’un regard fier.

    Seule animation, sur le parvis de la cathédrale,

    Robes d’église et uniformes de marine en grande conversation,

     

    Je me sens ailleurs.

     

    L’Odet charrie une eau boueuse.

     

    Retour au jardin, les barnums sont montés et je dispose les livres – un beau panel !

    Affluence en fin de matinée et début d’après midi.

    Cette année, étonnamment, ils connaissent le haïku.

    Ventes faciles dans la bonne humeur.

    Un livre se démarque. « La sente aux coquelicots. »

    Ouvert en milieu d’étal, son merveilleux rouge attire le regard.

     

     

    Acte II

     

    Finistère, le pays aux quatre saisons dans la même journée.

    Météo pochette surprise.

     

    Première bourrasque, le toit du barnum se gonfle, les poteaux tombent. Chacun se rue pour maintenir le tout, on rit.

    Puis, les rafales se succèdent. Les techniciens lestent le tout comme ils le peuvent. Ils leur manquent des cordes… ils improvisent.

     

    Aucune attache au sol n’est prévue pour cause de lieu historique protégé.

    Le sol est en terre battue, avec une herbe grasse que l’on ne peut qualifier de pelouse.

    Cette terre en a vu d’autres ! Sans doute une règlementation sortie du quatrième sous sol, porte de droite, guichet 666 ouvert de 9h à 11h46 et de 13h 21 à 16h02, d’une administration autiste.

     

    On rit moins.

     

    Viennent alors les trombes d’eau. Les visiteurs piégés se réfugient sous nos tentes – une vieille dame échappe de justesse au poteau-assommeur.

    Les autres, ceux qui avaient peut être eu l’idée de venir, ferment leurs fenêtres et restent au chaud.

     

    Nous avons froid.

    Quelques rires jaunes.

     

    Dans l’attente d’une éclaircie, comme m’y invite Annick Dandeville, j’emprunte la « sente aux coquelicots » :

    « Toi et moi, prenons

    La sente aux coquelicots.

    Allons chez Léo… »

     

    Annick Dandeville

     

     

    Et tout s’éclaire alors. Devant moi

    Le blond des blés

    Le rouge passion.

    L’éphémère

    La sensualité

    Jusque aux mauves tragédies

    La Vie

     

     

    Merci Annick

     

     

    Acte III

     

    Annonce officielle au micro crachotant, il nous faut prévoir le repli à 17 heures.

    Autant vous le dire, sur les visages de mes co-locataires du barnum sauvage – et sur le mien, on peut lire du soulagement…

     

    Rangement, certains livres ont gouté à la pluie.

    Première navette vers la voiture.

     

    Au dernier voyage, je m’octroie une pause en terrasse d’un établissement miraculeusement ouvert.

    Le soleil facétieux est revenu.

     

    S’arrêtent devant moi un homme un peu éméché et son acolyte les bras chargés de canettes de bière.

    Il rit de bon cœur et me demande : « vous l’avez fait exprès ? »

     

    Je reste bouche bée. De quoi veut-il parler ?

     

    Il rit de plus belle devant ma mine ahurie, et s’explique : «  vous êtes en harmonie parfaite avec le décor !  C’est super ! tiens, je vous fais la bise !» Sans attendre ma réponse, me voilà bisoutée sur la joue droite.

    Je réalise que je porte un ensemble vert pistache, je bois un café dans une tasse vert pistache, je suis assise sur une chaise vert pistache, et le auvent est vert pistache.

     

    Fou rire.

     

     

     

    Quimper, le Quai des Ecrits édition 2011.

    Yvette

     

     


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