• morceau choisi - et complété - suite à l'atelier d'écriture animé par Annaig Huelvan le 20 aout 2015

     

    Retour de vacances 

     

    Septembre est installé. Huit jours que les vacances sont finies. Huit jours. Il m'a fallu huit jours pour m'en remettre ! 

    Rando itinérante avec ce groupe hétéroclite et j'avais failli finir aux urgences psychiatriques...

    J'avais accepté de partir avec eux pour ne pas avoir l'air trop con à la rentrée, quand à la cafétéria la question me serait posée : et toi, tu as fait quoi cet été ?

    Depuis trois ans je réponds : rien de spécial, je reste ici.

    En fait, ce n'est pas tout à fait cela, mais comment leur dire ?

    je me promène 

    ou je reste assis sur le bord du chemin

    le soir sur la terrasse je regarde les étoiles filantes

    j'écoute le vent

    je parle aux oiseaux

    je goûte la brise du matin et déguste le soleil couchant

    je rêve et je lis

    j'écris des mots de rien que me chuchote la lune

    des mots de rien que la poussière dans le soleil dépose sur la page

    des mots qui volent par dessus les toits 

    … 

    mais comment leur dire ?

    Alors l'an prochain, je dirai seulement : moi ? comme d'hab, je n'ai rien fait.

     

     

     

     


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    Henri était prêt.

    Il avait enfin cédé à ses filles.

    Depuis des mois qu'elles le harcelaient pour qu'il aille en maison de retraite, le jour était enfin arrivé.

     

    Durant la semaine, toute la famille était venue ranger, vider, empaqueter.

    De sa petite maison, peu de chose à garder. Un seul carton contenait ses souvenirs : les photos, quelques cartes postales, le livre de chevet de Marceline son épouse qui l'avait quitté l'année passée. Le reste, il s'en fichait. 

    Quand il avait fallu vider son atelier, le chagrin l'avait envahi. Bien sûr, il n'exerçait plus son métier de vitrier depuis longtemps déjà. Mais il avait gardé ses outils, l'établi, des vitrages jamais posés.

    Il aimait s'y rendre tous les matins, comme si… 

    Maintenant, la pièce était vide, pourtant il y flottait encore l'odeur du mastic.

     

    Henri était prêt depuis l'aube.

    Il avait enfilé son costume du dimanche.

    Sa fille ainée ne viendrait le chercher qu'à dix heures, alors il décida de faire ses adieux au quartier.

     

    Il descendit la rue jusqu'au "Café des Sports". La fenêtre de la salle du fond, il la connaissait bien ! Il ne pouvait compter le nombre de fois où il avait du changer la vitre après les bagarres du samedi soir. Un grand carreau de verre martelé, dieu qu'il était lourd !

    Quand il avait fini, le patron lui servait un verre de vin et trinquait avec lui en bougonnant "j'espère que c'est la dernière fois que je t'appelle !"

    Le bistrot était fermé, un grand panneau "A vendre" plaqué sur la porte. 

     

    Henri tourna à droite dans la venelle du Poilu, la grande maison bourgeoise du Docteur Philipon avait toujours autant d'allure.

    Au dessus de la porte d'entrée, un oeil de boeuf éclairait la volée d'escalier. Quand les enfants Philipon avait cassé la vitre en jouant au ballon, Henri était  venu pour estimer le travail. 

    Pas facile avait -il dit, il faut l'échelle, mais dans l'escalier .. comment faire ? 

    Mme Philipon avait eu peur qu'il ne revienne pas, alors elle l'avait invité à prendre un café, lui avait même coupé une part de gâteau aux noix prévu pour le goûter de l'après midi, lui avait assuré qu'elle paierait tous les suppléments ..

    Ce souvenir le fit sourire. Mme Philipon n'aurait jamais supporté qu'on la soupçonne de ne pas entretenir sa maison, elle avait un rang à tenir ! 

     

    La venelle débouchait sur l'avenue Clemenceau.

    Au numéro 24, il y avait une fenêtre que de toute sa vie il n'avait jamais vu fermée  : celle de Mme Martineau, concierge de son état.

    Tout le monde s'y arrêtait, bon gré mal gré, une fenêtre à confidences, une fenêtre à commérages, une fenêtre à papotages..

     

    Tranquillement, il s'était dirigé vers la place du marché. Aucun étal à cette heure matinale.

    A la vue du bow-window sur la façade de la maison du buraliste, Henri se mit à rire.

    Quelle aventure ! Sa cliente avait voulu créer cette fenêtre originale pour la contrée et rien ne pouvait l'en dissuader. Après maintes discussions  avec le mari, Henri avait réussi à leur trouver un terrain d'entente. Le bow-window n'aurait pas de fenêtres à guillotines, il serait plus sobre que dans les plans de madame . Marché conclu.

    Après les travaux, monsieur était bien fier, personne n'avait une vue aussi belle sur les grands arbres de la place.

     

     

    En remontant vers le jardin des plantes, il s'arrêta face à l'immeuble du Parisien. Les habitants du quartier l'avaient surnommé comme cela , la rumeur disait que le propriétaire  demeurait à Paris mais les locataires ne l'avaient jamais vu. 

    Henri leva la tête pour voir le dernier étage.

    La dernière tabatière sur la droite, c'était bien cela ..

    La chambre de bonne de Marceline.

    Il l'avait rencontré au bal du 14 juillet, puis pendant plusieurs mois ils se retrouvaient le dimanche pour d'autres bals, ou des promenades le long du canal. 

    La neige de février avait donné à Marceline un bon prétexte pour l'inviter à prendre un café chaud dans sa chambre sous les toits. 

    Après l'amour, Ils avaient inventé un jeu. Allongés sur le lit, chacun son tour imaginait une histoire en regardant les nuages à travers le vasistas. 

    Marceline gagnait toujours.

    De cette lucarne, ils regardaient les toits de la ville, bâtissaient leur projet, imaginaient leur maison.

    Marceline rêvait d'une maison toute blanche avec de grandes fenêtres à petits bois, et même - quel luxe- une porte fenêtre donnant sur le jardin ! 

    Leur lucarne .. une bouffée d'émotions lui brouilla le regard. 

     

    Il était revenu chez lui. 

    Il ferma tous les volets, tira la grille devant la baie vitrée de l'atelier, et sortit attendre  sur le perron. 

    Sa fille le trouva assis devant la porte, il regardait les nuages en parlant tout seul .. 

     

    Nous avons vraiment pris la bonne décision, pensa -t-elle. 

     

     

     

     

     

     

     

     


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  • Vite, vite ! je vais encore être en retard ! 
    Il est temps de sortir du bain. 
    Pourtant, je m’y prélassais comme Cléopatre, 
    oui enfin sauf que moi je n’ai ni lait d’ânesse , ni esclaves ..

    Alors, il va falloir que je cesse de bayer aux corneilles, et que je me presse.

    Ce matin, j’ai rendez vous. 
    Cette grande seringue de Claudia n’a rien trouvé de mieux que de m’inviter à l’inauguration de la fête de la citrouille !

    Une manifestation annuelle organisée par son club caritatif 
    je n’ai pas osé dire non, comme d’habitude ! Dire que ce club me sort par les yeux.

    Le drap de bain est rugueux, encore oublié de mettre de l’assouplissant. 
    Le choix de la tenue, encore un casse tête .. je n’ai pas la garde robe adéquate.

    Car n’ imaginez pas que ce club rassemble de vieilles bigotes aux cheveux bleutés savamment boudinés par des bigoudis.

    Oh ! non !

    Aujourd’hui visages bronzés – escapade au Seychelles, vous devriez essayer, c’est divin - liftés peut être, accessoires de marques et portables high tech.

    Entre deux petits fours au saumon, on se félicite mutuellement de la réussite de la journée au profit des défavorisés.

    Le mot gueux n’a plus cours, seul reste le zeste de condescendance au bord des lèvres botoxisées.

    Telle une gourde, les bras chargés de deux potimarrons, je déambule dans cette foule, aussi perdue que le petit chaperon rouge dans la forêt équatoriale.

    Allumer la queue de ces cucurbitacés ronds comme les bombes de dessin animé, 
    et rêver de carnage ...

     

     

     

     

     

     


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  • Sur Ipagination, atelier d'écriture du 26/10/12 -  contrainte  20 mots à placer  : Anne, topinambour, escarmouche, provocation, automne, girafe, presbytère, infection intestinale, dieu, rouge, impossible, argile, chemin, châtelaine, scieur-de-long, cercueil, dame, allongée, marches, purpurine.

     

     

    A l'école Sainte Anne la discipline relevait d'un règlement désuet pour notre époque. Mais, malgré tout, un nombre croissant d'inscriptions donnait à l'établissement une renommée régionale.

    Chaque matin, après l'appel, les élèves devaient exécuter leur BA pour la communauté. Aujourd'hui, c'était la récolte des topinambours dans le jardin du prieuré. Chacun se pliait au règlement sans qu'aucune escarmouche, ni provocation ne vienne troubler l'ambiance. 

    Mais la douceur de l'automne, avec ses derniers rayons caressants, tout au fond du jardin Alexandre préféra peindre la girafe et sauta par dessus le mur du presbytère. Il fila à l'anglaise à travers champs. Bah ! se dit il je prétexterai une infection intestinale pour le mot d'absence… 

    Arrivé sur le bord du canal, il s'allongea pour une sieste bien méritée. Dieu que l'herbe était douce, la brise légère ! 

    Vers onze heure, il décida de rentrer chez lui, mais traversant le bourg il vit Frederico accoudé au comptoir du bistrot et sirotant un verre de rouge-limonade. Impossible de l'éviter, c'était son oncle (en fait un oncle à la mode de Bretagne car il n'aurait su dire vraiment de quel côté le raccrocher à ses parents)  et depuis toujours il l'emmenait au tir aux pigeons d'argile, à la chasse aux faisans, à la pêche à la truite sur les terres de la châtelaine…enfin autant dire sur tous les chemins de traverse qui plaisaient bien à Alexandre. 

    Dans sa jeunesse l'oncle avait été scieur de long, maintenant il aidait le menuisier à la confection des cercueils. Ce boulot expliquait sans aucun doute ses frasques, ses inconduites, ses penchants pour tous les plaisirs, ses tenues débraillées et sa chevelure hirsute.

    Ce jour là, voyant que son neveu filait un "bon" coton de son point de vue, il l'embarqua dans sa vieille guimbarde jusque chez lui. 

    Après un déjeuner frugal mais arrosé, il sortit un album photos du fond de l'armoire. Alexandre tournant les pages, s'arrêta bouche bée en découvrant la dernière photo :

    Frederico, vingt ans peut être - beau comme un ange, caressait le visage d'une dame aux allures de star allongée sur les marches d'un bungalow  à l'ombre de palmiers.

     

    Durant les deux jours suivants, Alexandre alité, dans son délire fiévreux ne cessait de répéter "ses lèvres purpurines, ses lèvres purpurines, ses.. " sans que l'on  ne sut jamais de quoi il parlait.

     


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  • Mercedes avait rempli l’évier avec de l’eau très chaude, trois gouttes de liquide vaisselle rose "parfum des îles". 

    Elle prit une fourchette et se mit à fouetter l’eau de tous ses forces ..

    Pourquoi ? elle l’ignore encore.. 

    C’était pourtant un jour comme un autre, un énième jour de travail dans cette maison de maître occupée par un couple de retraités carthaginois. 

    Ils avaient une fortune colossale, ayant su jouer de la calculette, mais  refusaient d’acheter un lave-vaisselle. 


    Dans le jardin - le parc serait plus juste - un enclos était réservé aux alligators, un autre bassin grouillait de piranhas, et dans la clairière du bois séjournait une meute de loups .

     
    Sur la terrasse ensoleillée, Madame baillait, un roman ouvert à la première page posé sur la table à côté du hamac.

    Monsieur, lui, s’était installé dans le fauteuil d’osier sous la tonnelle. 

    Tout était calme. 


    Mercedes fouettait, fouettait. 


    Les bulles de savon grossissaient et s’envolaient par la fenêtre. 

    Géantes. 


    Mercedes fouettait sans relâche. 


    Les bulles envahirent la cuisine, la terrasse, recouvrirent la tonnelle, avalèrent le bois, engloutirent les bassins, et tout disparut soudain. 


    Certains soirs on entend encore le rire de Mercedes.

     


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