• L'été n'était pas fini,

    sans bruit les dernières hirondelles effilochaient la brume,

    mais les soirs avaient encore des lueurs framboisines par delà le grand mur.

    Bientôt, dans quelques jours à peine, il ne serait plus qu'ombre.

     

    Postée comme à l'accoutumée à l'unique fenêtre de son petit logement, Francette connaissait bien le mur d'en face.

    Il était son horizon.

    Le grand mur d'en face, long comme un jour sans pain, gris taupe, uniforme, il filait jusqu'à la place des potences.

    Il allait plus loin encore, mais Francette ne se souvenait plus des noms de rues.

    Peu importait maintenant, ses jambes ne la portaient plus que de son lit à cette fenêtre face au mur.

     

    Le mur, elle le regardait.

    Comme sur un écran elle y voyait parfois les vagues de l'océan, nuages d'écumes ou goélands. Les heures s'écoulaient, son regard vagabondait de grèves en presqu'îles. Elle y laissait voguer ses rêves de voyages vers des outre-mers exotiques.

     

    Le mur, elle lui parlait.

    D'une petite voix fluette, elle lui confiait bien des secrets. Son premier amoureux qu'elle retrouvait en cachette à la sortie de l'usine. A bicyclette ils allaient jusqu'au bois du Meunier. C'est là qu'un soir de juin elle s'était donné à lui, juste avant qu'il ne parte à la guerre.

    Le mur comme par magie lui renvoyait ce parfum de lavande et d'herbes coupées.

     

    Le mur, elle l'écoutait aussi.

    Il avait des rires frêles, des chants et des tambours.

    Il avait des murmures, des gémissements, des plaintes.

    Il avait des cris, le grand mur gris de la prison Saint Jean.

     

     

     


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    Monsieur Singulier n'était pas comme tout le monde, vous vous en doutez bien.

    Pourquoi diable faudrait il ressembler à son voisin de palier ?

    D'ailleurs sur son palier ne vivait qu'une veuve d'officier de marine passablement acariâtre – aucun intérêt.

    Dans cette petite ville de province, par un consensus séculaire, la population affichait grise mine ce qui avait pour effet de la fondre dans le décor.

    Toutefois, on pouvait relever trois sortes de catégories : les Gris-caméléon, les Bleu-marine qui semblaient oublier que La Royale ne régnait plus vraiment sur les quais, et comme dans de nombreuses autres contrées les Tendances s'ingéniant à singer les photos de magasines en portant des tenues tout aussi inadéquates et uniformisées qu'onéreuses.

    Monsieur Singulier n'en avait cure.

    La mode ne le préoccupait pas plus que sa dernière chemise. Chemises qu'il portait toujours avec cravate – il en avait une collection impressionnante et imprimée – et bien souvent sous son veston, portait-il encore une paire de bretelles à l'ancienne mais efficace.

    Ses tenues, quoiqu'elles aient pu paraître conventionnelles – de loin- surprenaient par la pointe d'originalité qu'il savait y ajouter – tout comme un chef cuisinier métamorphose un plat traditionnel par l'adjonction d'un ingrédient inattendu, savoureux au point que nos papilles surprises en restent bouche bée.

    Une chose est sûre, M. Singulier était coquet.

    Portant un soin tout particulier à sa chevelure, il n'hésitait pas à faire usage d'artifice que la gente féminine utilise couramment, à savoir la teinture.

    Arborant fièrement une toison rousse, des tenues originales, quelques bijoux de bon goût, un visage rieur, il apparaissait alors comme un spécimen rare dans la grise ville.

    Les jours sans – oui, ces jours où aucune obligation contraignante vous jette au dehors- il trainaillait vêtu d'un peignoir antédiluvien, en privé le confort lui était primordial.

    N'allez pas croire que M. Singulier était coupé du monde et des avancées technologiques.

    Au contraire, il se passionnait pour tous les équipements électroniques divers, variés, plus ou moins sophistiqués, plus ou moins fonctionnels, voire plus ou moins inutiles.

    Son salon-bureau-salle à manger-et autres fonctions était rempli comme un oeuf – qu'il aimait d'ailleurs au plat et arrosé de sauce piquante

    Collectionneur dans l'âme, on pouvait dénombrer pas moins de cinq paires de lunettes, autant de téléphones portables, de nombreuses montres l'une affichant l'heure de Rio de Janeiro l'autre testée pour la plongée sous marine en conditions extrêmes (loisir qu'il ne pratiquait pas), divers briquets farfelus (certains tenant plus du couteau suisse que de l'accessoire du parfait fumeur) qu'il conservait bien qu'il eut cessé de fumer, des télécommandes de tous types pour des types d'appareils tels que chaine hifi, radios, télévision, ordinateurs, mixeurs et autres tourniquettes comme disait Boris.

    Cette pièce était sa pièce, son univers.

    Le reste de l'appartement n'avait qu'un rôle pratique . Une chambre simple et dépouillée, un salle d'eau utilitaire, une autre chambre faisant tour à tour office de lingerie, atelier, ou salle de sport les jours de grandes décisions (vous savez celles de début d'année)

    Toutefois la cuisine avait son importance. Il y concoctait de nombreux petits plats qui arrondissaient inévitablement son tour de taille, mais qui lui apportaient tant de plaisir qu'il eut été hors de question de s'en passer.

     

    Donc dans Sa pièce, là, qu'il soit las ou d'humeur guillerette, Monsieur Singulier vivait.

     

    ...

    M.Singulier vivait sans tambour ni trompette, pourtant il était mélomane.

    Tous les matins, à l'heure où les braves gens dorment encore d'un sommeil juste et profond – à vrai dire je ne sais ce que cela représente ayant pour ma part le sommeil plutôt léger et approximatif – à l'heure disais-je où les derniers fêtards tentent de rentrer chez eux sans GPS, lorsque les livreurs de journaux croisent les renards urbains ( oui, les renards se sont très bien adaptés à la ville et n'hésitent plus à marauder dans nos cités, mais là n'est pas le propos) M. Singulier, ayant depuis belle lurette avalé un café soluble, s'asseyait droit comme un i au milieu de Sa pièce devant le clavier et composait des sonates.

    Depuis que sa voisine Mme Veuve Bleu-Marine lui avait intenté un procès pour tapage nocturne, il s'était équipé d'un casque hifi et d'un avocat dont les conseils étaient inversement proportionnels aux honoraires comme tout homme de loi qui se respecte.

    Un vingt neuf février, il avait commencé à écrire une symphonie. Il ne reprenait cette partition que les années bissextiles.

    Il vouait aux années bissextiles un culte inconsidéré.

    Cette étrange vénération lui était venue à dix ans, un matin d'hiver – relativement ensoleillé d'ailleurs- quand l'institutrice remplaçante toute fraiche émoulue de l'Ecole Normale tout autant que fraichement moulée dans une jupe en jersey, lui avait demandé d'écrire ce mot sur le tableau noir. Le petit Singulier avait eu une révélation soudaine, et quelque peu inopinée, de l'effet concomitant du vocabulaire aux sonorités sifflantes et du jersey soyeux qu'il suivait jusqu'à l'estrade.

    Depuis ce jour, il avait trois passions : les années bissextiles, le jersey et les bas de dos féminins – ou si vous préférez les fesses, les popotins, les lunes, les miches et j'en passe.

    Pour en revenir à nos moutons, non pas ceux qui attendent sagement sous l'armoire héritée de la grand mère de Normandie, la symphonie – pour l'instant inachevée- magnifiait ce moment d'extase et aussi les textiles modernes.

    Pour l'ordinaire, les sonates faisaient l'affaire.

    A dix heures tapantes, M. Singulier , profitant que ce fut l'heure de l'aspirateur chez sa voisine de palier, et l'heure de l'essorage 1200 tours chez la voisine du dessus, écoutait sa création en stéréo ( cash, ce n'est pas Eddy) . Pour cette diffusion, il prenait place dans le fauteuil comme s'il eut été spectateur dans une salle de concert. Il applaudissait à tout rompre, puis allait faire sa toilette.

    ...

    Ne vous attendez pas à ce que je vous décrive la toilette de M. Singulier. Rien de bien original, il se lavait comme tout le monde, enfin comme tout un chacun équipé d'une salle de bains classique sous nos latitudes – eau chaude eau froide et tutti cuanti.

    Bien sûr, il y a mille façons de pratiquer les ablutions du matin. Certains, les plus téméraires, se frictionnent énergiquement sous une douche à basse température, d'autres plongent dans un bain moussant, et quelques anonymes préfèrent la toilette de chat - mais ceux là restent muets comme des carpes sur le sujet.

    La matinée de M. Singulier se poursuivaient invariablement par les emplettes de victuailles.

    Comme je vous le disais au début de cette histoire – « M. Singulier , part one », cherchez l'alinéa vous même, merci – cuisiner était un des plaisirs incontournables de ce monsieur.

    Les halles, les marchés et même dans une moindre mesure les « superettes », enthousiasmaient M. Singulier.

    Choisir les légumes, les tâter, les caresser, les soupeser, tout en laissant son regard suivre les formes arrondies, pulpeuses et appétissantes des nombreuses clientes l'entourant ( car si l'on en croit les statistiques, il y a plus de femmes à faire les courses que d'hommes sans qu'il ne soit rien dit de leur humeur à effectuer cette tache) lui procurait une riche inspiration créatrice pour les recettes qu'il inventait au retour.

    L'hiver son alimentation en pâtissait, car trop souvent il choisissait les choux pommés denses et fermes sous la main.

    Il dédaignait les cèleri raves trop ridés et rudes sous sa paume, carottes et poireaux se retrouvaient au fond du caddie sans aucune attention de sa part.

    Heureusement les nombreuses variétés de pommes venaient agrémenter le tout.

    Mais dès le printemps les plaisirs fruitiers égayaient le moment des courses.

    Peau de pêche, lisses et rougissantes tomates, abricots soyeux, pastèques ou melons, il ne s'en lassait pas.

    En fait, il avait depuis belle lurette appliqué le principe diététique dont on nous rabat les oreilles : manger des fruits et des légumes.

    Muni de ses provisions, notre honnête homme s'en retournait chez lui sans manquer toutefois de s'arrêter au Tabac Presse du coin de la rue – hormis au mois d'aout, ce buraliste ayant pour habitude de fermer son rideau de fer et de partir quatre longues semaines se la couler douce sous le soleil, là exactement, et nulle part ailleurs.

    Donc, les onze autres mois, M. Singulier achetait le quotidien local, histoire de faire comme tout le monde, et une fois par semaine un magasine féminin histoire de rien.

    Comment faisait-il au mois d'aout ? Ma foi, je ne saurais le dire, car c'est aussi l'époque de mes congés et de ce fait je n'y suis pas non plus. D'ailleurs, je vous trouve un tantinet trop curieux.

    En vérité, je ne sais pas tout de ce monsieur Singulier. Vous avez surement remarqué que je ne donne jamais son prénom. Simplement, parce que je ne le connais pas.

    Il pourrait porter Marcel.

    Si cette question vous paraît essentielle, nous pourrons en débattre à la fin du récit, et ouvrir pourquoi pas un sondage sur le sujet ; pour l'instant, l'heure est à la cuisine.

     

    Mijoter, mitonner, rissoler, rôtir,

    fricassée, potée, soufflé,

    gratin, marinade, estouffade,

    soupes et consommés

    Une myriade de partitions, la cuisine et la musique , tout est affaire d'harmonie.

     

    M.Singulier prenait ses repas dans Sa pièce.

    Oui, à vos yeux : La Pièce Fourre Tout,

    pour lui : un cocon, un port d'attache, un havre de paix,

    en vérité la pièce d'un bon célibataire.

    Il aurait presque pu se prénommer Alexandre.

    Cela faisait quelques années que M.Singulier menait sa vie sans souci entre sonates et velouté de tomates, entre adagio et poule au pot, entre mezzo et entremets.

    Rares étaient ceux qui connaissaient son parcours antérieur.

    Pourtant, des aventures, des voyages, des rencontres, des amours, des désamours et tout le reste, il en avait eus. Il n'aimait pas se raconter, ou plutôt il n'aimait plus.

    Il y avait eu un temps pour cela, et à l'heure actuelle ( au jour d'aujourd'hui comme le dit cette expression très agaçante qui ponctue les discours de milliers de gens très agaçants) il préférait se délecter de plaisirs simples et instantanés (et égoïstement diraient les envieux).

    M.Singulier vivait en single béatement.

    Nous pourrions à loisir poursuivre le portrait de M. Singulier. Parler encore de ses siestes sur canapé, de ses films préférés, de ses lubies, de ses fantasmes, de ses manies ou de ses petits et grands défauts. Mais tout cela ne nous regarde pas. Chacun a le droit à son jardin secret.

    Pour vous comme pour moi, il est temps de clore ce chapitre et l'histoire singulière de M. Singulier.

     

     

    2011 - achevé sous le ciel bleu nuit de Barcelone, face à moi entre les cheminées et les paraboles : les flèches de la Sagrada Familia illuminées. 

     

     


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    Dans les creux chemins angevins, l'été s'étire sans vergogne.

    Aux heures les plus chaudes, nous battons la campagne, courses folles avec tous les cousins.

    Du hameau d'Aigrefeuille jusqu'au moulin Moreau, du haut des coteaux ronds jusqu'aux rives de la Boire, nous sommes aventuriers, pionniers, châtelains arpentant nos terres.

     La Loire lézarde de banc de sable en banc de sable

    Et nous, fiers écervelés, crions victoire à chaque traversée – aucune légende de sables mouvants ne sauraient apeurer nos jeunesses effrontées

    À l'heure du goûter, tout perlés de sueur, nous - valeureux chevaliers – réclamons tartines et chocolat en récompense de nos exploits : n'avons nous pas terrassé le monstre troglodyte du village de Liré ?

    Seule, la route de La Galoire apaise nos pas. En haut de la colline, la chapelle.  Tout au long du parcours, nous cueillons avec application des brassées de fleurs sauvages. Avec respect – et sans doute aussi par crainte du regard divin- nous faisons le ménage, changeons les bouquets, chassons les toiles d’araignées, et nous rallumons les bougies de l’autel.

    Nous chuchotons.

    Juste avant de refermer la porte, nous tentons de percer le mystère de la statue aux pieds piquetés de petits trous. Qu’exauce-t-elle déjà ?  Trouver un fiancé –  le prince charmant  - ou bien de nombreux enfants (énigme encore plus difficile) …

    Nous sommes sûrs que par ce rituel Dieu pardonnera tous nos petits pêchés : le vol des framboises dans le jardin voisin, nos abus de friandises, les langues tirées dans le dos du curé…

    Au soir, nos jeunes jambes en redemandent. Aussi nous acceptons avec enthousiasme de chercher le lait à la ferme à l’autre bout du village.

    Les ruelles paisibles résonnent de nos rires et de nos chants.

    L’été s’étire.

    Puis, sans avertir, septembre sonne à la porte. Comme un facteur à la triste figure.

    Mon cartable lourd comme un cheval mort, les pieds broyés par les souliers tout neufs, je trébuche, je traine, je peine à parcourir un si triste chemin.

     

     

     


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    La boite aux lettres reste là immobile, bouche bée, espérant encore une réponse de vous.
    J’ai beau la raisonner, lui expliquer pourquoi.
    Elle ne veut pas comprendre que l’on puisse envoyer une lettre d’amour sans espoir de retour.

    Elle s’amusait beaucoup de nos correspondances. Dans la règle consentie, l’amour était hors jeu.

    J’ai tout fait, je le jure, pour étouffer dans l’œuf ce fœtus romantique, palpitant dans mon cœur.
    Oui, je l’ai malmené, le jetant au panier
    Oui, je l’ai insulté, rembarré, piétiné,
    Je l’ai traité d’Alien,
    Je lui ai dévoilé les tares de ses ancêtres,
    Je lui ai raconté toutes les tragédies dont l’amour est la cause,
    Je lui ai chanté les airs de guimauve pour qu’il ait la nausée et qu’il aille se pendre.

    Il s’est tu.


    Le laissant là pour mort, j’ai suivi le chemin de vos mots à vos mains.

    Et puis un matin, je l’ai vu dans la glace, collé à moi comme un frère siamois.
    Alors, nous vous avons écrit cette dernière lettre.


    La dernière lettre, mon amour, à laquelle vous n’avez répondu.

     

     

    Ristretto.
    21/02/09


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    Madeleine regarde par la fenêtre comme on regarde un train sur le quai des départs.

    En ce matin grisaille, le dimanche susurre sa lenteur monochrome.

    La ville est immobile.

    Engourdie.

    «  Et ce soir ? Mais tu rêves Madeleine ! Qu’en dis- tu pour ce soir ?  »

    «  C’est parfait, bien sûr, chéri »

     

    Trop tard !  Le dernier wagon n’est plus qu’un point minuscule au dessus des toits.

    Demain, peut être.

    Ou un autre jour.

    Madeleine le sait, elle posera le pied sur un nuage et s’engouffrera dans le premier train venu en partance pour nulle part.

     

    De petits riens en pas grand-chose, la journée se faufile entre les cils de Madeleine, un déroulé sans saveur.

    Sur la nappe fleurie se dessinent des ailleurs épicés de gingembre.
    A petits pas, Madeleine s’y infiltre et se met à danser.

    Une valse à trois temps autour du verre de cristal, une salsa enfiévrée face au flacon de Tabasco, folle farandole entre les assiettes des invités………

    « Avez-vous un votre M@cbook, Madeleine ?, c’est vraiment hyper cool vous savez »


    Hyper cool, que veut elle dire ? Au fond, Madeleine s’en moque.

    Tout en répondant évasivement, elle songe aux vents du sud chargés du sable du désert, aux mangues sensuelles, aux parfums d’orangeraies.

    Proposer du café, des tisanes peut être aussi, ne pas oublier le sucre et les petits chocolats…

    « Vous êtes restés 4X4 ? !! » ...« Mais en ville, le tramway, bien sûr !  Il n’est plus possible de rouler... ».... « Maintenant nous ne prenons que des boites automatiques, c’est un plus écologique et tellement confort ! »

    Sur le mur du salon, une petite route serpente au travers de marais salants. Entre les carrés de ciels, des petits tas de sel blanchissent au soleil.
    Aussi blancs que les cheveux de Madeleine.

     

    Une pointe de piment, deux pincées de sel, trois grains de folie, Madeleine le sait, un jour elle le prendra ce train fantôme.

     

    Madeleine n’espérait plus vraiment que sa vie insipide puisse prendre un tournant.
    Mais ses rêves avaient fini par illuminer son sourire, peu à peu ils modifiaient son allure.
    Sa tête se para de chapeaux extraordinaires que Madeleine associa à des sautoirs de pacotille, des foulards comme des ailes de papillons, des ballerines pour chemins de traverses.

     
    Un matin tout aussi gris qu’un autre, elle se rendit à une conférence sur un train de légende : l’Orient Express.
    L’exposé fut passionnant, les récits et photos la captivaient.


    Madeleine se mit à rêver à voix haute « le frisson d’un voyage, rien qu’une fois.. »
    Elle sursauta, honteuse d’être prise en flagrant délit, en entendant son voisin lui chuchoter à l’oreille : « Point besoin de partir si loin, le frisson est à portée de main ».


    Troublée, Madeleine ne répondit pas, mais regarda son interlocuteur et lui sourit
    L’homme, la soixantaine, visage ordinaire, costume quelconque, taille moyenne arborait une fantasque cravate bariolée aux motifs bleus assortis à ses yeux rieurs.


    La conférence prit fin, ils sortirent ensemble. Madeleine s’enhardit et proposa de boire un café.
    Ponctuée de fous rires, leur discussion passa du coq à l’âne, des « Chats d’Athènes » au  « Chien des Baskerville », de « Vipère au Poing » à « La Ferme des Animaux ».


    Le temps défila,

    Sans oublier de se filer leur numéros - promesse de coup de fil pour reprendre le fil de la conversation, ils filèrent chacun chez soi.


    Depuis ce jour,

    Tous les jeudis,

    Madeleine prend le train de seize heures dix sept.

    Pour quelques heures, il pimente sa vie.
    Cet homme tout ordinaire, dont elle ne connait pas le prénom, elle l’appelle Tabasco.

     

    Ristretto 2010

     

    2010


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